|
L'ours maudit, ah ! l'ours, l'ours, et pourquoi maudit ? l'ours maudit, maudit ours, en fait voilà une question qui revient souvent comme la marée remonte : l'ours maudit… En fait, pourquoi ce nom?
L'ours maudit plonge ses racines d'une sensibilité environnementale, dans une enfance qui court sur les platières fleuries de bruyères roses de roches stampiennes et des paysages de sable blanc entre Poligny et Nemours, au sud de cette forêt de Fontainebleau.  En ce temps-là, serrant la main de mon oncle Marcel, nous avancions dans ces paysages de bouleaux blancs et de pin aux senteurs célestes dans ces sentiers familiers, dont les couleurs au gré des saisons passaient des rameau x noirs et gris sur la neige blanche au vert printanier éclatant de lumière, pour basculer vers l'or et l'ambre flamboyant de l'automne. Sans doute et parce que ces paysages sont très beaux et merveilleux, je me suis posé très tôt la question suivante, retrouvée bien plus tard dans le livre d'Axel Kanh : « L'homme ce roseau pensant » - : « mais pourquoi c'est si beau ? ». Oui, tout ceci bien avant que je ne passe mon temps à rêver de l'Hourataté et du Mayabor, d'Accous de son auberge cavalière et de la vie là-bas dans ces montagnes dans ce verrou glaciaire qui commence à Bedous, passe par Borce, grimpe le pourtalet, franchit le Somport et finit à la médiévale Jaca.
Enfant solitaire dans ma chambre de Paris, car né dans cette ville dans le douzième arrondissement sans l'avoir choisi, c'est ainsi, on peut naître à Bamako, ou bien à Singapour sans en avoir envie : celui qui fait rouler les dés sur la table du destin vous offre des six ou bien des deux ce jour là. Et c'est encore une chance de naître de l'espèce homo sapiens. Car la situation peut être bien plus grave si vous naissez ours, dans une tûte des Pyrénées; ou bien porcelet dans une batterie d'animaux destiné à la boucherie? Mais revenons-en, à cette enfance : il y avait souvent, le soir, la lune qui frappait les carreaux de ma fenêtre et parfois cette compagne m'empêchait de dormir : alors, j'ouvrai s un de mes livres. Né quatorze ans après la seconde guerre mondiale, ma génération a connu une autre France, il n'y avait pas d'autoroute et les trains étaient encore pour bon nombre à vapeur, les ordinateurs étaient d'énormes machines dans des salles aseptisées remplies de panneaux lumineux clignotants comme des arbres de Noël où des bandes magnétiques délivraient des accès séquentiels aux mémoires à tores de ferrite… Nous nous posions des questions dans la cour de l'école entre deux parties de billes sur ce devenir qui allait être le nôtre et sur ce destin tracé où notre naissance nous avait posé au début de l'ère du transistor. Aucun d'entre nous, oui aucun d'entre nous, je crois, n'aurait imaginé vivre et utiliser les machines performantes et issues du miracle des sciences cognitives que ce progrès encore dans ses limbes allait nous promettre. Pendant que la dynamite et les camions US Euclide ouvraient l'autoroute du sud et édifiaient la digue du barrage de Serre Ponçons, nos héros à nous étaient Thor Hayerdal, Roger Frison Roche, Jacques Yves Cousteau, Haroun Tazief, Alain Bombard et même Alain Gerbeau. Oui, en ces temps ou Hugues Aufray nous chantait « Debout les gars » et « Santiano » dans une version plus sympathique que l'originale. Oui, en ces temps il resta it alors dans les montagnes du sud de la France, à la frontière de cette Espagne qui était encore franquiste, entre trente et quarante ours endémiques. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il y avait encore dans ces Pyrénées entre Mare et Nostrum et San Sébastien ce symbole de l'hémisphère nord de ce septentrion, dont les sept étoiles forment la Grande Ourse boréale qui est en fait le nom nordique « bear » en anglais « baren » en allemand et aussi « bjorn » en scandinave. Cet animal incroyablement discret, solitaire et si présent en nous, dont la force porte en elle l'étymologie du prénom d'un des plus grand roi d'Angleterre « Arthur » le roi fort et brave comme l'ours, en langue celte « Artz ». Mais pourquoi maudit donc? Alors, parlons ours un peu. Il aura fallu attendre 1971 et François Merlet pour avoir un livre qui mis en lumière la situation et l'existence de l'ours des Pyrénées. Ce seront les éditions Erables à Toulouse qui diffuseront par deux fois ce livre, frais, teinté de poésie et de remarquables observations : « L'ours Seigneur des Pyrénées ». Cette publication offre pour une fois une vision étonnante de la faune française le public découvre ce qui était alors confidentiel. L’ours des Pyrénées existe, il doit en rester vingt ou trente tout au plus mais « il existe ». Pour une fois, bonheur suprême, pas besoin d'aller à Yellowstone. Il suffit d'un simple Paris-Pau pour se retrouver dans une forêt susceptible d'abrit er une famille d'ours! Si en plus on s'appelle Boucle d'or, on peut espérer un repas gratuit. Trêve de plaisanterie, aussi controversé et critiquable que soit ce livre, il ne s'agit en aucun cas d'affabulation d'un illuminé rêveur d'ours mais d'un travail de recherche minutieux et d’observations extrêmement pertinentes. Car Merlet avec son œil acerbe et son âme de poète, des semaines durant et par toutes conditions climatiques, observera la lune, les constellations, à l'affût de l'ours, ainsi que les orientations des vents ; il reportera scrupuleusement les moindres détails, qui vont des pas dans la neige et la boue des sentiers, aux va et vient du plantigrade. De l'entrée dans la tute aux multiples réveils jusqu'à la sortie printanière de l'ours. Tout est merveilleusement consigné avec une rare élégance et moult précautions, et tout ceci sur le terrain ou en haut de son mirador. Si l'ouvrage n'a pas l'efficience du documentaire cossu et plus que complet du docteur Couturier qui le précéda vingt-cinq ans plus tôt, il en a néanmoins le mérite de raconter l'ours et les Pyrénées d'une manière agréable et plaisante, au point que quand il se termine on regrette de ne plus avoir de pages à tourner. Malgré l'énorme coup de gong et le cri d'alarme de Merlet « l'enchanteur » en cette année 1971, l'ours des Pyrénées va glisser lentement d'espèce en voie de disparition vers la voie d'extinction. Les français vont laisser un des plus gros patrimoine biologique et faunistique de leur nation partir à la dérive. L'épineux problème des revendications territ oriales des sociétés de chasse, la lâcheté politique des présidences successives partant du laisser-faire sous de Gaulle à la ruse Machiavélique de François Mitterrand, combiné au folklor e de l'inutile Lalonde, l'exode rurale des zones orophiles, l'étroitesse ridicule du Parc National des Pyrénées (parfois pas plus de sept cent cinquante mètres) auront raison de l'animal. Et ce n'est pas les initiatives intéressantes qui auront manquées. Dès mille neuf cent soixante-seize Claude Dendaletche crée une association, le F.I.E.P. (Fonds d'intervention éco-pastoral) sur le modèle du FIR (fonds d'intervention pour les rapaces) Claude est chercheur et biologiste il a un laboratoire à l'Université de Pau. Basque comme son nom l'indique il aime plus que tout cette barrière naturelle qui sépare l'Espagne de Cervantes du reste de l'Europe ; et toute la faune qui y réside comme les majestueux vautours fauves et le rat trompette, le desman, qui serait un très lointain cousin de l'éléphant. Claude sait aussi qu'au-delà de ces montagnes vers le sud, cette faune se différencie ; en effet on y trouve un lynx rare (le lynx de Pradelle qui ressemble au caracal),des meutes de loups et des animaux de petites tailles semblables à ceux de la proche Afrique. Ayant crée une petite unité à l’Université de PAU, le « CBEA » qui travaille sur les écosystèmes d'altitude, arrivant dans le jeu le dernier et doué d'une hauteur de vue sans commune mesure, Claude a clairement identifié la problématique liée à l'animal en question. Il sait dès le milieu des années soixante-dix que peu de recherches ont été faites sur l'isolat génétique pyrénéen. Il sait aussi qu'un groupe plus important existe dans les cantabriques qui a la même origine et dont la séparation eut lieu au milieu du dix-huitième siècle, quand la poussée démographique humaine amorcée par le début de la révolution industrielle a augmenté ses déplacements et coupé les sentes naturelles empruntées par l’ours. Les analyses portent à croire, selon lui et il a raison, qu’en 1900 la population humaine, étant cinq fois plus dense sur tout le massif, la population d’ours était, elle, d’environ deux cent spécimens. Or de la à croire que là où il y a cohabitation il y a plus de chance d’avoir des ours, il n’y a qu’un pas. Pas que franchiront Gérard Caussimon et Alain Reynes lors de l’épisode de Pestoune et du tunnel du Somport. Démontrant, preuve à l’appui que la population d’ours d’Ariège s’est effondrée pour la simple et bonne raison que l ’élevage ovin était orienté vers les animaux de boucherie, ce qui impliquait qu’il n’était pas nécessaire alors d’avoir de présence humaine, on éliminait l’ours avec du poison de manière radicale. Tandis qu’en Béarn la présence de berger intimidait l’importun, le simple fait lors d’une attaque de taper sur les gamelles………………………… le faisait fuir. Or jusqu’ici, personne n’a apporté d’autre explication plus plausible que celle-là à la survie de l’animal après l’an 2000 en Béarn. En 1993 Claude publie aux éditions du sang de la terre, un ouvrage extraordinaire «La cause de l’ours » ISBN 2 86985 065 4 . Livre complet, exhaustif et merveilleusement détaillé, moins poétique que Merlet mais plus riche et encore d’actualité alors que ce siècle naissant va bientôt fêter son dixième anniversaire. En introduction il y a ces phrases pertinentes et si vraies, hélas : ![]() « L'ours des Pyrénées est au bord de l'extinction. Dans dix ans, cinq peut-être, il faudra parler de la bête au passé. Le plus grand fauve de France, le plus sympathique aussi (ours en peluche), est l'oublié de tous les mouvements privés ou publics qui se sont développés ces derniers temps en faveur des espèces en voie de disparition. Cet oubli doit être réparé, avant qu'il ne soit trop tard. Le plus beau fleuron résiduel de notre patrimoine faunistique doit être sauvé de l'extinction. C'est une question de conscience, d'honneur, de raison enfin pour la communauté française. Ce projet d'action, pour la mise en œuvre duquel une société à but non lucratif est fondée, vise, sans oublier 1 'homme, à permettre aux derniers ours d'Europe de survivre chez nous dans les Pyrénées. L'ours brun des Pyrénées, Ursus arctos, est un isolat Génétique pyrénéo-cantabrique de l'ours européen qui peuplait il y a un millénaire l'ensemble des forêts d'Eurasie non tropicale. C'est un omnivore à dominante végétarienne. Il est parfaitement inoffensif pour l'homme- dans une rencontre banale, que sa vigilance rend d'ailleurs très rare. Il n'est "devenu" montagnard qu'apparemment. C'est le type même de ces orophiles contraints, habitants encombrants des plaines de jadis, éradiqués partout - sauf en montagne - dans les pays de forte pression humaine. En France, il disparaît du Massif Central au début du XIX' siècle, du Jura à la fin du XIX", des Alpes aux alentours de 1930. Il subsiste encore, pour peu de temps, dans les Pyrénées. Aucune étude scientifique moderne n'avait été menée sur l'ours pyrénéen. La difficulté et l'extrême longueur des recherches souhaitables explique que la recherche universitaire se soit désintéressée d'un thème d'étude peu rentable. D'autre part, à ce manque d'intérêt des scientifiques s'ajoute celui des autres organismes officiels. Le résultat est que.1es populations d'ours ont atteint un seuil critique. Face à lui, la recherche scientifique devient secondaire, devant l'urgence d'une opération de protection - ou mieux: de sauvetage. Bien que la question: « A quoi cela (nous) sert un ours? » ne mérite a priori, que le mépris que son utilitarisme goujat appelle, ou une réponse du type: « à quoi cela (nous) sert... la Joconde»; elle est trop souvent posée - et trop naïvement - pour être ignorée. Il convient de répondre ceci: L'ours ne sert à rien pour l'homme. Il est gratuit, unique, ininventable. Il est la nature: Si une oeuvre d'art ne vaut que le prix de sa peinture et de sa toile, l'ours ne vaut que le prix de sa peau. Mais que vaut alors notre civilisation? Accessoirement, serait -on tenté de dire, l'ours est parfaitement intégré au fonctionnement du biome forestier. Sa présence y est un facteur équilibrant et enrichissant, y compris pour ce que la forêt peut nous apporter au point de vue psychique et esthétique. Une forêt à ours est une autre forêt. . Tout naturaliste le comprendra, tout homme devrait le ressentir, comprendre que cela n'a pas de prix.» Voilà. Si après avoir lu cela, vous ne vous ruez pas chez votre libraire pour commander ce bouquin afin de savoir tout de Martin, étudiez les hirond elles, Alors, maudit l’ours ? Oui, maudit, car les habitant d’Aspe ont imaginé que leur tunnel allait leur apporter des emplois et de la vie. Il n’en a rien été. Plus que tous a utres, ils ont été victimes par deux fois des chimères du progrès. Le premier tunnel creusé à la fin du dix neuvième siècle, ne leur à pas suffit. Il en fallait un autre. Certes, Jaca, ce joyau aragonais est à deux heures de Pau maintenant par la route. Mais de 1980 à 2009 l’exode rurale s’est accentué, les administrations ont fuit la haute vallée et les douanes, la poste etc. Et l’on peut augurer que la crise financière résultante de l’économie libérale débridée qui fut le modèle depuis la fin de la guerre froide, va accentuer les dégâts en ces lieux.
En 1980 la route du Somport était fermée toutes les nuits entre Urdos et le col ; les ours pouvaient alors franchir en toute quiétude le gave et la nationale. Il n’en est plus rien ! Qu’ont gagné les Aspois à ce jeu, rien, sinon plus de bruit et plus de nuisances. A long terme, si le pétrole devient rare, ces routes coûteuses devront céder la p lace au retour du chemin de fer.
Et l’ours, lui qui était sans doute une piste économique viable, architecturé non pas comme une réserve indienne, mais comme une richesse, lui, a disparu avec le meurtre de Canelle et la fin de Papillon. Le chouchou d’Alain Reynes.
Eric Pététain et sa danse du scalp devant les gendarmes n’arrangera rien. Roland Guichard d’Artus, tentera de faire remonter à la surface l’affaire de l’ours ; mais rien n’y fera. Sur cela, l’épisode de l’ours familier « Pestoune » n’arrangera person ne, ni ses défenseurs ni ses contradicteurs. Et le seule homme capable sur le terrain, Jean-Jacques Camara, ayant acquis le théorique et la pratique, en pleine affaire du tunnel du Somport, sera confronté à une population hostile de plus en plus à l’animal. Il en aura les pneus de sa voiture crevés et sera menacé……………………………………. de mort. C’est ainsi et c’est pourquoi et à cause de cela que ce site se nomme l’ours Maudit comme mon ami Bouzara l’a appelé. Bonne lecture à tous.  |