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Par Joel, lundi 19 novembre 2007 à 11:43 : A mon arrivée ici, en 1995, Pierre était alors Secrétaire de la section CFDT de Roissy DM, comme on le disait avant. Les turpitudes concernant alors AFI et AFM étaient, pour lui, des âneries dans l’air du temps post privatisation, qui ne dureraient pas trop longtemps. Il s’est avéré qu’il avait raison. On peut dire que Pierre n’était pas un syndicaliste « ventouse », le type à s’accrocher à son siège de permanent pour ne pas avoir de comptes à rendre à la pointeuse. C’était même tout le contraire, et cela n’était pas pour me déplaire.
  Engagé politiquement, Pierre était socialiste. Pas un socialiste d’aujourd’hui, ayant remisé ses idéaux humanistes au placard, genre « Guy Mollet » concernant les colonies, ou « Josmachin » concernant la bourse. Mais un vrai, de la trempe de Blum et de Jaurès, un socialiste comme on n’en fait plus. Pierre ne mâchait pas ses mots devant la bêtise et la nullité de certains responsables de la direction et parfois même de son propre syndicat. Pierre avait lu Marx dans le texte, ce que pas mal devraient faire aujourd’hui. Pierre est venu à son travail tant que cette maudite maladie qui le dévorait lui permettait d’y venir. Allez Pierrot ! Le hasard du calendrier a fait que, pour tes adieux, je sois de l’autre côté de l’Atlantique, et je n’étais pas avec les copains pour te rendre un dernier hommage et je sais que tu ne m’en voudras pas. La photo avec ton nez de clown sur ton cercueil a fait grincer bien des dents, quel pied de nez à tous ces initiés Pierre, comme tes textes que l’on a lu et que tu avais écrit juste avant ta mort. Adressés à tous et à ceux qui nous ont vendu comme du bétail. Mais avant que le livre ne se referme, je voudrais te remercier à ma manière pour toutes ces années passées à tes côtés, car tu sais, Pierre, moi, je n’ai pas oublié le « Café Oze » de la rue Saint Denis, où parfois on refaisait le monde en écoutant Tracy Chapman nous parler de sa révolution, ni le « London Tavern », où souvent on était sur un coin de table à rédiger les tracts pour le lendemain. Oui, je n’ai pas oublié ces marches interminables aux côtés d’Hervé Alexandre en décembre 1995, et le nombre de fois où l’on a battu le pavé de Paris comme les anciens pour un peu de justice sociale, alors que nous assistions au triomphe des inégalités. Je me souviens de ton départ de notre syndicat, lors du congrès de Toulouse, et de la manière où tu as expédié les choses pour rejoindre SUD. Oui, car tu le sais, moi, je suis resté, n’étant pas favorable à la balkanisation syndicale… bof, je sais que, lors de ma chute dans le grand attracteur, tu seras de l’autre côté pour m’engueuler encore pendant cent mille ans. Pierrot, je voulais, enfin, nous voulons, car Charles Genin se lie à ma plume, te laisser un petit message sympathique et, pour une fois, optimiste. En 1989, répondant à l’invitation de Christian Lardier à Londres, j’avais rendu visite à Karl Marx, tu sais celui qui avait écrit « Das Kapital », au petit cimetière de Highgate. En ce temps-là, la tombe était gardée par trois policemen, afin d’empêcher d’éventuels cinglés de dégrader le monument funéraire. Pierre, il y a toujours d’inscrit sur cette tombe les mots suivants « Workers of all land unite ». Et en cet automne 2007, dans ce romantique coin de Londres, les feuilles se colorent de leurs plus belles parures : de jaune, d’ocre, de violet et des mille teintes de vert que précèdent l’hiver sous nos latitudes. Les petits écureuils gris courent sur les pelouses et mendient leur pitance aux passants, émerveillés par le charme du paysage. Parfois, une feuille d’un jaune ayant l’éclat du soleil vient descendre, virevoltant, et pose sur le marbre noir du front du penseur sa note décorative. On me l’a dit, tu sais Pierre ? Sans doute, un des plus doux et des plus beaux regards portant silhouette presque divine et sur laquelle règne à mon sens un esprit aussi brillant que son image, me l’a dit, il y a peu. Eh bien, tu ne vas pas me croire... Quelque chose est en train de changer, comme si le balancier de l’histoire avait atteint son point le plus haut pour revenir dans l’autre sens après tant d’années d’égoïsme et de domination idéologique de la pensée unique. Il y a, à Hightgate maintenant, des bouquets de fleurs et des lettres du monde entier, avec des poèmes sur la tombe du vieux. Et la personne qui m’a dit cela est digne de foi. Je peux te l’affirmer, Pierre, tu peux partir tranquille, il me semble que certains ne sont pas au bout de leurs surprises. Adieu Pierrot. Charles Genin Joël Fraud Petit encart écris par Pierre lui même quelque jours avant son déces l'aricle est parut dans notre Journal Coccinelle N°140 DE NOV DEC 2007 Pierre Lautour est décédé le 24 septembre 2007. Il a laissé plusieurs messages. écrits, dont celui-ci destiné à ses collègues. « Je suis né au début des Trente glorieuses, société du plein emploi et du commencement de la consommation de masse. j'ai vu les changements intervenus en une vingtaine d'années, tant en ville qu'à la campagne. Je ne suis pas fier de vous laisser un monde toujours plus injuste, égoïste et bien dégueulasse. Où l'on fait croire à l'argent facile, par des jeux débiles, des loteries de toutes sortes. Que le travail coûte cher aux patrons qui eux, d'aussi loin que porte ma mémoire, n'ont cessé de pleurer misère. Ne croyez pas que bardé de diplômes vous gagnerez bien votre vie la mode est à la dévalorisation du travail. De pointures intellectuelles nous sommes passés au prêt à penser avec des petits maîtres... les BHL de la pensée unique. L'homme est passé de passager, d'usager, d'abonné à client. En réalité il n'est qu'un consommateur... quel avenir! Gardez toujours'rs l'esprit critique. .. et bon courage! » Pierre, Villeron & Paris 2007 |